dimanche 5 mai 2013

La sortie du dimanche - Mud : sur les rives du Mississippi


  Mud raconte l'histoire d'Ellis et son ami Neckbone qui un jour découvrent sur une petite île du Mississippi un bateau échoué dans un arbre. Et dans ce bateau, il y a Mud, un homme avec un serpent tatoué sur le bras, un pistolet coincé sous la ceinture, une chemise blanche avec un œil de loup cousu dans la manche et des clous en forme de croix sur les talons de ses bottes. C'est aussi un homme amoureux, assassin malgré lui, se cachant là en attendant de pouvoir s'enfuir avec celle qu'il aime. S'en suit alors une magnifique sorte de voyage initiatique, de passage à l'âge adulte pour ces deux adolescents et Ellis tout particulièrement, qui au travers de sa rencontre avec Mud, trouve une échappatoire aux tensions de son quotidien familial.

Jeff Nichols montre une fois encore l'Amérique que l'on ne voit que trop rarement au cinéma et celle qui pourtant mérite toute notre attention, l'Amérique avec ses personnages si typiques du cinéma indépendant américain : le vieux retraité ayant travaillé pour les services secrets, les petites copines un peu nulles, le pêcheur attaché aux valeurs traditionnelles... On est aussi au milieu de nulle part sur le Mississippi, les décors naturels sont incroyables et l'on trouve en eux quelque chose de Twainesque, peut-être également à cause de ces deux garçons qui rêvent déjà d'être adultes et qui vivent leur vie sans trop se soucier de ce qu'il pourrait bien arriver. C'est un peu comme si Tom Sawyer et Huckleberry Finn rencontraient un type un peu louche, un peu clochard, un peu menteur et un peu assassin. Et ce type, Ellis et son ami le font vivre par procuration sans trop bien savoir pourquoi. Et cette histoire d'amour entre Mud et la fille aux hirondelles tatouées sur les mains a un petit côté d'Autant en emporte le vent ; C'est assez dingue. Pour continuer dans les références, je n'ai pas pu non plus m'empêcher de trouver quelques similitudes avec ce merveilleux film d'Andrei Zviaguintsev qu'est Le Retour, pour cet air de voyage initiatique, le symbolisme et la photographie notamment.

Le caractère de chaque personnage est travaillé à merveille, autant le personnage d'Ellis qui veut avoir une copine, se bagarrer et devenir prématurément adulte que celui de Mud, homme mystérieux à la fois présent et absent, menteur et protecteur, père symbolique. Et puis il y a l'ami Neckbone, dont les répliques font de lui un personnage amusant et comme persuadé de déjà tout savoir de la vie ; l'oncle de Neckbone, américain moyen qui passe ses journées à se gratter les couilles quand il ne bricole pas un énorme scaphandre pour aller pêcher des perles ; le couple parental, écartelé entre différentes visions du monde, l'un attaché au foyer, au bayou et à ce qu'il a toujours connu, l'autre aspirant à une nouvelle vie loin du fleuve ; le retraité Tom, qui n'est pas sans rappeler ce genre de personnage à la Walt Kowalski dans Gran Torino. Tous autant de gens malheureux ou seuls dans leur vie mais qui pourtant se battent pour les valeurs auxquelles ils croient.

La photographie est superbe, et le tout est d'une très belle lenteur. J'insiste sur la lenteur qui est différente de la longueur (les amateurs de cinéma japonais comprendront bien la nuance). Cette lenteur est bénéfique, belle, et accentue le caractère soudainement violent de la seconde moitié du film.
Mud se révèle être un puissant et magnifique éloge à l'amour, et si le cinéma dans lequel je me suis rendue le voir ne programmait que des films nuls (coucou Iron Man), il en programmait au moins un particulièrement bon.


9 commentaires:

  1. J'ai essayé de convaincre mon copain d'aller le voir ces derniers jours, sans résultat -je l'ai poussé à aller voir Stoker mardi soir, et je crois qu'il a été très déçu sans oser me le dire, alors il ne doit plus avoir confiance dans mes choix! Mais tu me donnes de nouvelles bonnes raisons d'insister et de trouver de meilleurs arguments... Ou d'aller le voir seule :)

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    1. Haha : ) Je n'ai pas vu Stoker, les affiches partout dans le métro m'ont un peu découragée. Je le visionnerai probablement cependant parce que j'aime beaucoup Nicole Kidman, a fortiori dans les rôles de mère (et puis bon, si en plus c'est le monsieur qui a fait Old Boy, c'est une raison de plus pour aller le voir). Qu'en as-tu pensé ?

      Mud est vraiment un beau film. Enfin, j'imagine qu'il faut déjà avoir une certaine sensibilité pour le cinéma indépendant, sinon on risque de ne pas apprécier et de s'ennuyer ferme. Je te souhaite de le voir, en tout cas, et j'espère qu'il te plaira !

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    2. Comme toi, j'adore Nicole Kidman. C'est surtout grâce à elle que j'ai décidé de courir voir le film, bien avant d'avoir lu le synopsis.
      Personnellement, j'ai adoré. C'est relativement lent, mais très esthétique. Les personnages sont vraiment sympas, et les acteurs plutôt géniaux. Sinon, c'est vrai que beaucoup de personnes ont quitté la salle en plein film. Sans doute parce qu'ils attendaient une violence plus théâtrale que celle qu'ils avaient en face d'eux et qu'ils se sont sentis arnaqués, j'imagine...
      Pour Mud, il y a des chances que j'aille le voir demain soir! Je croise un peu les doigts.

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    3. Merci pour ton avis ; je le visionnerai très certainement en ce cas.
      Tu me diras ce que tu auras pensé de Mud.

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  2. Cooooool, ton article tombe à pique, je me tâte pour demain... J'hésite entre Pieta et Mud. Mais je crois qu'il faut que j'aille voir les deux haha.
    Et je suis obligé d'aller dans le cinéma d'art et d'essais, parce le Gaumont doit déjà s'occuper avec les Croods et les Profs. C'est un peu le ciné que tout le monde critique "parce que les salles elles sont petites et y a pas de pop-cooooorn".

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    1. Haha, contente que l'article tombe à pic !
      Ouais, c'est toujours ce que le spectateur très moyen pense à propos des cinémas d'art et d'essai, hélas. Et puis aussi "y a pas d'action, y a pas d'effets spéciaux, cénul". C'est bien triste, mais tant pis pour eux, ils ne savent pas ce qu'ils perdent.

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  3. Le genre de film qui me fait pleurer de désespoir parce qu'à Valenciennes, il n'y a pas de cinéma d'art et d'essai, juste un gros Gaumont à 12€ la place et avec une programmation uniquement VF. L'avant dernière fois qu'on y était allés on avait appris dépité que ce soir là les films avaient été déprogrammés pour passer le nouveau Twilight dans toutes les salles...

    Il a l'air chouette Mud, je suis triste de ne pas pouvoir aller le voir au cinéma j'adore ce genre de récit initiatique au rythme lent.

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    1. *patspats*
      Quelle horreur. Je compatis très fort.

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  4. J'ai été voir Mud ce soir même (j'avoue que ta critique m'a donné envie!)
    Et effectivement, c'est un très bon film. Le trio d'acteurs principaux est vraiment top, j'ai été bluffé par le jeu des deux jeunes en particulier, mais Matthew Mcconaughey (que je ne connaissais que du film A Time to Kill) se révèle être aussi très convaincant dans son rôle.
    J'avoue cependant avoir été un peu surprise par le brusque changement de rythme de la fin du film -après la scène de la marre au serpents ça devient vraiment la fiesta del slipo- mais c'est un film qui m'a malgré tout bien plu =)

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